dimanche 11 octobre 2020

Le grand remue-ménage de la forêt

Septembre-octobre 2020

Chaque année, nous attendons avec fébrilité l'arrivée de la période du brame.

Quelle que soit la saison, les grandes hêtraies du Vercors nous envoûtent, mais l'automne y ajoute sa dose de magie. Le temps change, la forêt devient plus humide, les arbres se préparent pour l'hiver. On sent qu'il se passe quelque chose d'important dans le cycle de la vie de la forêt. Et en certains endroits, se met à résonner le brame du cerf. Une agitation soudaine gagne alors ces magnifiques bêtes qui perdent provisoirement leur discrétion habituelle. Ce spectacle sonore et parfois visuel attire beaucoup de monde (dont nous faisons partie, donc je me garderais bien de critiquer...). La seule chose à faire est de se montrer très discret et très attentif.

Nous pratiquons nos observations le plus souvent à l'affût, ce qui signifie de longues heures immobiles, tous les sens en alerte, avec le mal au dos, aux articulations, le froid et l'humidité qui prennent possession de nous au fil des heures... D'autres fois, nous nous postons sur un petit sommet qui offre une large vision sur les alentours, et où l'on peut faire les cent pas pour se dérouiller. Nous savons que nous n'y serons pas seuls, mais les chances de voir des bêtes seront beaucoup plus élevées. Le plus souvent, elles seront loin, mais bien visibles aux jumelles, et on sera assuré de ne pas les déranger.

Le premier affût de cette saison du brame m'a comblé. Je m'étais posté non loin d'une souille. Une heure et demie après mon installation, j'ai vu arriver une biche et son faon. Elle sont venues boire non pas à la souille mais dans une ornière beaucoup plus près de moi. Pendant qu'elles se désaltéraient, j'ai entendu craquer quelques branches, mais impossible de décoller l’œil du viseur de l'appareil photo, le mouvement du filet aurait provoqué une fuite éperdue. Tout d'un coup, un gros cerf 14 cors a surgi dans le viseur, une montagne de muscles. Il ne s'est pas souillé, se contentant de frotter ses bois dans la boue, puis il a bu. Les biches sont restées là à l'attendre, et tous trois sont repartis, le cerf suivant les biches de son pas lourd et silencieux.
 






Autre observation, cette fois sur le petit sommet dont je parlais. Nous arrivons à la nuit sous un ciel étoilé qu'on croirait pouvoir toucher de la main. Les cerfs brament à tout va. L'écho de leur voix rebondit sur les flancs de montagne. La montée nous a réchauffés, l'aube arrive bientôt et le ciel se voile par endroits, mais avant que les rayons du soleil nous caressent le dos et nous réchauffent, il va falloir s'armer de patience. Bien au contraire, nous nous refroidissons terriblement, les pieds et les bas de pantalons trempés de rosée, et il faudra attendre près d'une heure après le lever du soleil pour qu'on commence à en ressentir les effets. La thermos est la bienvenue.

Voici qu'un banc de brume se forme en dessous de nous puis monte et nous enveloppe. Il faut rester vigilant, et justement, tout près passe la silhouette estompée d'un cerf. La brume se dissipe, le soleil se fraie un chemin entre les branches, et surprise, le cerf repasse encore plus près.





En contrebas, dans la grande clairière, les provocations se poursuivent et on voit enfin les protagonistes. Ils vont se côtoyer, ce qui est parfois le prélude à un combat, mais finalement celui qui ne se sent pas à la hauteur laissera la place en évitant l'affrontement.






Un autre jour, nous reprenons un vrai affût, cachés sous les branches basses d'un hêtre, et recouverts de notre filet. De longues heures d'attente sont au programme. Il tombe des milliers de faines et de feuilles, chacune émettant un petit craquement qui nous fait espérer l'approche d'une bête. Des milliers de fois, notre espoir est déçu. Parfois, c'est un petit rongeur qui remue les feuilles à nos pieds ou dans notre dos. C'est fou comme une petite souris peut faire plus de bruit qu'un cerf des milliers de fois plus lourd qu'elle... Enfin, un peu de remue-ménage dans le sous bois et une paire de bois glisse dans l'ombre. Le propriétaire de la ramure ne se montrera à la lumière que quelques secondes.


 
Plus tard nous apercevons entre les branches des pattes qui vont et viennent. Impossible de savoir à qui elles appartiennent. Soudain un museau, oui mais biche ou jeune cerf ? Le mystère demeure pendant vingt minutes jusqu'à ce qu'enfin on découvre qu'il s'agissait d'un daguet.
 

Les affûts réservent parfois des surprises.
Des mauvaises comme lorsque pendant huit heures d'attente, nous avons vaguement aperçu une biche suitée et un cerf à travers un fouillis de branches mais sept personnes déambulant en tous sens dans la forêt en évitant soigneusement les chemins...
Des plutôt inattendues, comme cette vache ayant franchi la clôture électrique de l'alpage et partageant désormais la vie des biches. Nous l'avons croisée sur le chemin juste après avoir quitté notre affût. Si elle n'a pas eu peur de nous, nous avons malheureusement effrayé les deux biches qui la suivaient.
Une autre fois, ce sont deux chiens de chasse opportunément lâchés dans la réserve pour en faire sortir les animaux, qui sont venus nous rendre visite. Ils suivaient la piste d'un sanglier que nous venions de voir passer. Un quart d'heure plus tard, un trop régulier se faisait entendre dans notre dos. C'était un cerf un peu pressé qui traversait la clairière et qui heureusement pour moi, marqua un petit temps d'arrêt avant de s'enfoncer dans le bois de l'autre côté.




Le dernier cerf que nous allons voir de près cette année est arrivé devant notre affût tout doucement. Il avait de très beaux yeux (habituellement, je n'aime pas trop le regard des cerfs, je l'avoue). Il a poussé la complaisance jusqu'à bramer devant nous avant de passer sous un sorbier que nous ne nous lassons pas d'admirer lorsqu'il n'y a rien d'autre d'intéressant à voir.




Passée la première semaine d'octobre, le brame perd de son intensité, soit que la plupart des biches aient été fécondées, soit que les luttes de pouvoir entre les mâles aient trouvé un point d'équilibre et que les affrontements soient devenus inutiles. Notre dernier affût a été bien décevant : pas de brame, pas de bête, même si l'on sait qu'elles sont toujours là. En rentrant, alors que nous n'espérions plus rien, un cerf accompagné de cinq biches broute dans une doline, mais il fait vraiment très sombre. L'appareil photo voit plus de choses que nous à l’œil nu. Le cerf a la patte avant droite blessée et il boite. Séquelle d'un affrontement, piège d'un lapiaz ? Espérons qu'il s'en remettra.



lundi 10 août 2020

Jura, rencontres avec les petites et grosses bêtes de Longchaumois

 10 août 2020

Des queues-rousses et des bergeronnettes avaient élu domicile dans la maison de nos hôtes. Les queues-rousses ont été relativement faciles à photographier car elles avaient leurs habitudes sur la clôture du jardin et sur les tas de bois. Je n'ai pas pu photographier les bergeronnettes. Elles étaient toujours complètement à découvert et ne s'approchaient jamais d'un endroit où j'aurais pu me dissimuler tant bien que mal.
Les forêts dans les environs étaient essentiellement peuplées d'épicéas, et nous n'y avons pratiquement trouvé aucune trace, et jamais vu de cervidés. Par contre, juste au dessous du village, le biotope nous a semblé plus favorable avec une forêt de hêtres, des clairières. Pari gagné. Les biches et les chevreuils sortaient le soir, hélas très très tard, quand il faisait vraiment sombre. Ayant oublié tout notre matériel de camouflage, nous nous sommes contentés de nous abriter sous une lisière un peu dense.
Les photos de chevreuils (une chevrette et un brocard) ont été prises en face de la maison.

Un matin que nous descendions au village faire les courses en vélo, une cavalcade de quatre cerfs a traversé la route devant nous. Freinage d'urgence, plongeon dans les sacoches pour en extraire le téléphone, et j'ai pu avoir deux ou trois photos et une vidéo, plutôt minables, qui ne valent que pour le souvenir.

Alors, lui (ou elle) je ne sais pas ce que c'est, mais c'est un jeune.
Troglodyte mignon

Queues-rousses










Jura, forêt du Risoux

10 août 2020
 Cette grande forêt est bordée à l'est par la combe des Rousses et son lac, lieux très touristiques et très fréquentés, et à l'ouest par la combe de Bellefontaine. Nous y avons pourtant trouvé un havre de paix.












Jura : Pic de l'aigle, les Quatre lacs

 10 août 2020
Une des plus belles balades que nous ayons faites. Nous sommes montés au Pic de l'Aigle, avons parcouru la ligne de crête qui surplombe les lacs, puis sommes descendus et avons longé les lacs, pour revenir à notre point de départ.








Jura, lac de Lamoura

 10 août 2020
Le lac de Lamoura est situé dans une très belle combe. Il est prolongé par une grande zone humide foisonnant de végétation et de vie, que l'on peut parcourir en partie sur un chemin de planches surélevé. Depuis le lac, nous sommes montés au crêt Pela, mais au sommet, le Mont Blanc promis était noyé dans la brume de chaleur.
La baignade est autorisée dans le lac. En dehors des horaires de surveillance par un sauveteur agréé, ce sont les canards qui assurent la sécurité des baigneurs.




Jura, abbaye en Grandvaux

 10 août 2020
Il reste de l'abbaye en Grandvaux une église avec une esplanade au bord du lac. La baignade, comme un peu partout, était interdite, mais fort fréquentée tout de même, car il faisait chaud. Comme partout, de très belles fermes.





Jura, autour de Longchaumois

10 août 2020
 Nous avons recherché une destination nature, pas trop éloignée, calme, loin de la foule pour nos deux semaines de vacances et avons jeté notre dévolu sur une location dans un hameau de Longchaumois. Notre cahier des charges a été parfaitement rempli. Nous y avons trouvé le calme, et il était rare de croiser du monde lors de nos balades, sauf aux environs des lacs de Lamoura, des Rousses ou aux Quatre lacs.
Longchaumois, 1100 habitants environ, est assez particulier. On y trouve tout ce qu'il faut : boulangerie, fromagerie (bien sûr), boucherie, pharmacie, médecins, journaux, 1 restaurant, 1 bar, une petite supérette, et même de l'essence. On y fabrique aussi les lunettes Julbo que tous les sportifs connaissent bien.
Notre location était à 2,5 km au dessus du village. La descente était un plaisir en vélo, avec de beaux virages au revêtement bien lisse. Pour la montée, hé bien, il fallait appuyer sur les pédales...






Une façade en tavaillons qui aurait besoin d'une petite réfection.